HISTORIQUE DU MIDD

Toute organisation grande ou importante soit-elle, laisse toujours des traces derrière elle d’où son histoire. Le mouvement des Instituteurs pour la Défense de leurs Droits (MIDD) ne saurait être en reste, c’est pourquoi nous allons relater les premiers moments de notre existence.

Exacerbé par les conditions de vie et de travail difficiles, c’est en 2004 qu’un groupe de camarades instituteurs de l’inspection de l’enseignement primaire (IEP) de Marcory se constitue en éclaireur pour expliquer aux instituteurs la nécessité de revendiquer une indemnité contributive au logement car tous les enseignants ont une indemnité de logement sauf l’instituteur. Cette prise de conscience va se rependre comme une trainée de poudre d’abord à Abidjan et plus tard dans toutes les régions du pays.
Dès 2004, des camarades Mesmin KOMOE, DIOMANDE Fama, KOFFI Alexandre et bien d’autres ont initié des signatures de pétitions dans le milieu des instituteurs en vue de réclamer une indemnité contributive au logement pour l’instituteur. Nous avons récolté plus de dix mille signatures que nous avons déposé dans les institutions de la république : la Présidence de la République, la Primature, l’Assemblée Nationale, les Renseignements Généraux…
Nous étions au départ un mouvement informel. Le nom à l’origine était Mouvement pour la Défense des Droits des Instituteurs (MDDI) et c’est le camarade ABOUKE Addey qui a suggéré le nom, Mouvement des Instituteurs pour la Défense de leurs Droits (MIDD) ce qui voudrait dire que ce sont les instituteurs eux-mêmes qui prennent leur lutte en main et non d’autres personnes qui mènent la lutte pour les instituteurs. Les autres camarades ont trouvé sa justification pertinente et tous unanimes ont opté pour le MIDD.
Notre premier grand rassemblement devait se tenir à Abidjan-Marcory, au groupe scolaire boulevard du Gabon le 04 novembre 2004. Cette date a coïncidé avec l’offensive militaire « dignité » des forces loyalistes pour la libération de Bouaké. Il est important de noter que notre pays, la Côte d’Ivoire, traversait une crise militaro-politique. On a donc sursis nos activités de mobilisation cette année-là. Pendant l’année scolaire 2005-2006, la crise militaro-politique s’étant atténuée, nous avons repris notre campagne de sensibilisation, avec pour objectif convaincre les instituteurs exerçant à Abidjan et banlieue. C’est ainsi que nous avons approché les syndicats existants afin de poser la question de l’indemnité contributive au logement à l’autorité. Sur le terrain, la prise de conscience a porté ses fruits. Mais les syndicats légalement constitués ne semblaient toujours pas récupérer la lutte. C’est ainsi que nous avons dans l’informel initié une première grève dont le taux de suivi a largement dépassé nos espérances. Malgré ce taux de suivi important de la grève, le Ministre Amani N’guessan Michel, alors Ministre de l’Education National refusait de discuter avec le MIDD au motif que nous étions une organisation illégale. Les structures légalement constituées nous ont laissé face à notre destin. Les mesures d’intimidations sont prises à l’encontre les responsables du MIDD. Des rencontres lapidaires eurent lieu avec le Ministère de tutelle suivies de menaces. Les camarades Yoro Narcisse et Ménan Jean de retour de Sassandra, dans le cadre d’une mission de sensibilisation, Ménan Jean est arrêté au corridor de sassandra et transféré à la DST à Abidjan en début d’année 2006. Malgré cette arrestation, le MIDD a poursuivi les missions de sensibilisation et de mobilisation. Une semaine après l’arrestation du camarade Menan Jean, une Assemblée Générale fut convoquée au groupe scolaire Amon d’Aby Catherine à Abidjan-Plateau. Ce jour-là, la police vint arrêter les responsables du MIDD assis à la table de séance. Un lobbying a permis la libération de tous les camarades arrêtés y compris le camarade Ménan Jean arrêté une semaine plutôt. Et comme de manière récurrente la question de notre illégalité se posait, nous avons décidé de légaliser notre organisation, le MIDD. Là encore, après avoir déposé nos dossiers, les délais pour la sortie de notre récépissé sont passés sans que nous n’ayons une suite.
Cette première expérience à la grève va donc aiguiser notre appétit à poursuivre cette œuvre. L’objectif à Abidjan, ayant été atteint, nous nous sommes tournés vers l’intérieur du pays en visant les grandes villes telles que Yamoussoukro, Bouaké, Daloa, Bondoukou etc… Une deuxième grève a paralysé l’ensemble des grandes villes de l’intérieur du pays. Cette unité retrouvée des instituteurs autour de la question de l’indemnité contributive au logement va contraindre l’autorité à discuter des questions de fond. Des séminaires ont été organisés. Le gouvernement a proposé des indemnités discriminées, 25.000 frs pour les Instituteurs Adjoints (IA) et 30.000 frs pour les Instituteurs Ordinaires (IO). A l’instar des autres organisations syndicales qui étaient d’accord pour cette proposition, c’est le MIDD qui a dit non. Pour lui, il ne doit pas avoir des indemnités discriminées, car le IO et le IA font le même travail. Après plusieurs tractations mêlées de grèves, le MIDD a été reçu par le président de la république au palais présidentiel où de vive voix le Secrétaire Général National a exprimé les raisons de notre détermination. Après cette rencontre, le décret instituant l’indemnité contributive au logement de l’instituteur est signé. Ce fut la première victoire du MIDD.